jeudi 10 février 2011

IRENE NEMIROVSKY

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Irène Némirovsky nait en 1903 à Kiev, dans l'empire de Nicolas II, au sein d'une famille juive, très riche, où la religion ne tient guère de place et où le judaïsme apparait plus comme un frein à l'intégration qu'à une identité à revendiquer. Son père, Léon Némirovsky, est constamment en voyages d'affaires et joue des fortunes dans les casinos. Sa mère, qui se fait appeler Fanny, associe la naissance de sa fille à "perte de féminité", éprouve la même aversion pour sa fille que pour les signes du temps sur son corps, contraint sa fille adolescente à se vêtir en écolière, et collectionne les amants. Inévitablement, Irène Némirovsky développe une haine féroce contre sa mère qui occupera une place centrale dans son oeuvre.
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Certains de ses ouvrages seront tristement émaillés de propos ouvertement antisémites, n'hésitant pas à user des préjugés péjoratifs de l'époque. Pourtant, jamais Irène Némirovsky ne renie la civilisation juive. Peut-être, en référence au milieu dans lequel elle a été élevée, fait-elle un amalgame entre l'ensemble d'une population et ceux qui manient l'argent, accumulent des biens au détriment des vraies valeurs. Pleine de contradictions, d'inconscience ou d'excès de confiance, elle sera capable, en 1940, d'écrire au Maréchal Pétain pour lui demander d'être "distinguée des indésirables", et d'adresser un courrier en 1942 à la Kommandantur d'Autain dans lequel elle s'affirme "russe et juive".
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Enfant unique, confiée à une gouvernante française, Irène Némirovsky se réfugie dans les livres. Son livre préféré restera toujours Le Portrait de Dorian Gray, d'Oscar Wilde. Après la Révolution soviétique, la famille Némirovsky se réfugie en Finlande, puis en Suède, et enfin arrive à Paris. Irène Némirovsky parle couramment le russe, le polonais, l'anglais, le finnois, le français, un peu le yiddish et... le basque. Elle obtient sa Licence de Lettres avec mention à La Sorbonne, publie son premier roman David Golbert, et des contes dans le magazine Fantasio et le journal Le Matin. La famille Némirovsky mène une vie luxueuse et mondaine. Irène Némirovsky côtoie Jean Cocteau, Tristan Bernard, Paul Morand...
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En 1926, Irène Némirovsky épouse Michel Epstein, un banquier d'origine russe. Naissent de ce mariage deux filles, Denise en 1929 et Elisabeth en 1937. Irène Némirovsky n'obtiendra jamais la nationalité française. En 1939, elle se convertit au christianisme, mais pressentant le danger, elle envoie ses filles à Issy l'Evêque en Saône et Loire. En 1940, sous le régime de Vichy, sa famille et elle seront toujours "juifs et étrangers". De 1940 à 1942, seules les éditions Albin Michel acceptent de la publier sous les pseudonymes de Pierre Nérey et Charles Blancat. Elle est abandonnée par la plupart de ses prestigieux parrains et son mari perd très tôt son emploi. Alors, les parents rejoignent leurs filles en Saône et Loire et Irène Némirovsky se plonge dans l'écriture de Suite française, qu'elle veut être l'oeuvre de sa vie. Elle construit son roman selon le modèle de la Cinquième Symphonie de Beethoven, et en cinq parties : Tempête en juin, Dolce, Captivité et, sans doute, Batailles et La Paix. Irène Némirovsky noircit les pages de son carnet.
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Arrêtée le 13 juillet 1942 par la police française, elle sera assassinée le 17 août 1942 à Auschwitz. Son mari, après avoir demandé au Maréchal Pétain de lui laisser prendre la place de sa femme, est arrêté et gazé le 6 novembre 1942 dès son arrivée à Auschwitz.
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Les petites filles, jusqu'à la fin de la guerre, échapperont toujours de peu au même chemin funèbre que leurs parents grâce à des âmes courageuses, cachées un temps dans un couvent ou dans des caves dans la région de Bordeaux. Denise ne quittait jamais le carnet de sa mère qu'elle n'osait pas lire, croyant qu'il s'agissait de son Journal Intime.
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Après la guerre, leur grand'mère maternelle refusa de les voir...
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En 1992, Elisabeth Gille publie Le Mirador, dans lequel elle réinvente avec beaucoup d'émotion la vie de sa mère qu'elle a à peine connue. Atteinte d'un cancer, elle décède en 1996.
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Ce ne sont que bien des années après la guerre que Denise trouve le courage de lire et de retranscrire l'écriture minuscule de sa mère, et de confier le manuscrit inédit aux éditions Denoël, un roman qui suit une série de personnages fuyant dans la France de l'exode l'avancée des troupes nazies.
Moka
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Cf Préface du livre Suite française de Myriam Anissimov, écrivain et journaliste
Cf Magazine Muze Hors-Série Juillet / Août 2009
Cf Programme Exposition "Irène Némirovsky" - Mémorial de la Shoah
Cf Magazine Littéraire Octobre 2010
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